Au début de l’année 2026, notre vision de base de l’économie américaine était globalement positive. Une forte dynamique d’investissement liée à l’intelligence artificielle (IA), une amélioration de la productivité et une baisse progressive de l’inflation dans le logement devaient créer un environnement économique favorable. Dans ce contexte, la croissance devait rester solide tandis que l’inflation continuait de ralentir. Cela devait permettre à la Réserve fédérale américaine (Fed) de poursuivre son cycle de baisse des taux commencé en septembre 2024.
Cependant, cette vision optimiste a été rapidement remise en question. Plusieurs facteurs négatifs sont apparus, notamment des tensions commerciales, une plus grande incertitude dans la politique étrangère des États-Unis et des perturbations sur les marchés mondiaux des matières premières. Ces éléments, combinés à des contraintes d’offre, surtout dans le secteur de l’énergie, ont entraîné une forte hausse des prix des hydrocarbures.
Face à cela, les marchés financiers sont devenus plus prudents. Certains investisseurs craignent un scénario de “stagflation” (faible croissance avec inflation élevée), qui pourrait empêcher toute baisse des taux, voire pousser la Fed à les augmenter.
Selon notre analyse, ces inquiétudes sont exagérées. Même si l’environnement économique est plus complexe, il ne devrait pas changer la trajectoire de la politique monétaire à moyen terme. Nous continuons de prévoir deux nouvelles baisses de taux en 2026, avec un taux directeur autour de 3,25 % d’ici la fin de l’année. Trois facteurs soutiennent cette prévision.
Premièrement, les chocs liés à l’offre, comme ceux causés par les tensions géopolitiques, sont généralement temporaires. La politique monétaire agit surtout sur la demande et les conditions financières, mais elle est moins efficace face à des problèmes d’offre (énergie, commerce, logistique). Historiquement, les banques centrales ont tendance à ignorer ces chocs lorsqu’ils sont temporaires. Une politique monétaire trop restrictive risquerait de ralentir l’économie sans vraiment faire baisser les prix. Ainsi, la Fed devrait considérer ces tensions comme temporaires.
Deuxièmement, même si la hausse des prix de l’énergie contribue à l’inflation, son impact global reste limité. L’énergie et le transport représentent environ 12,8 % de la consommation aux États-Unis. Par ailleurs, d’autres composantes de l’inflation ralentissent déjà. Par exemple, les prix du logement, qui ont fortement augmenté ces dernières années, commencent à baisser progressivement grâce à une offre plus importante. Étant donné le poids important du logement dans l’inflation, cela devrait compenser en partie la hausse des prix de l’énergie.
Troisièmement, les risques se déplacent désormais vers le marché du travail. Les conditions d’emploi se sont affaiblies récemment : baisse des offres d’emploi, augmentation des licenciements dans certains secteurs et ralentissement des embauches. En parallèle, l’adoption rapide de l’intelligence artificielle pousse les entreprises à améliorer leur efficacité et à réduire leurs coûts. Cela entraîne une transition vers un marché du travail moins tendu. Pour la Fed, qui doit à la fois contrôler l’inflation et soutenir l’emploi, cela renforce la nécessité de baisser les taux.
En résumé, malgré les tensions géopolitiques et la volatilité des prix des matières premières, la tendance à la baisse de l’inflation devrait se poursuivre aux États-Unis. L’impact des chocs actuels reste limité et le marché du travail montre des signes de ralentissement. Dans ce contexte, nous pensons que la Fed va continuer à assouplir progressivement sa politique monétaire, avec deux baisses de taux supplémentaires en 2026.